Le Français a indéniablement une image de fin amateur de vin qui lui colle à la peau. Les membres des clubs œnologie des Grandes Écoles partent avec une carte maîtresse dans leur jeu pour toute expérience professionnelle aux États-Unis. Ainsi il est fréquent lors d’un déjeuner avec des Américains que ce soit le Français qui soit commis d’office pour la commande du vin qui accompagnera le repas – Par David Fayon, correspondant pour Le Monde des Grandes Ecoles depuis la Silicon Valley

 

La Californie, cinquième puissance mondiale… Et presque autant pour la production de vin !

En 2016, la France s’est vu dépasser en matière de richesses produites par la Californie alors que la population est d’un peu plus de 39 millions d’habitants contre 66 en France, ce qui montre la richesse individuelle avec par ailleurs un fort écart-type entre les citoyens. Si la Californie est réputée pour les technologies avec San Francisco et la Silicon Valley en tête, l’État n’en demeure pas moins un vaste territoire agricole massivement exploité. Et s’agissant du vin, 90 % de la production des États-Unis est réalisée ici.

Napa et Sonoma, la ruée vers les vins sous un soleil radieux

Le climat méditerranéen avec très peu de jours de pluie chaque année est favorable au vignoble de même que certains sols. Aussi depuis des décennies, des implantations de vignes se sont opérées. Historiquement, ce fut le missionnaire franciscain Junípero Serra qui, en 1769, bâtit la première exploitation viticole. Les premiers vins n’étaient pas bons et le colon français Jean-Louis Vignes au milieu du XIXe siècle implanta des meilleurs cépages. La ruée vers l’or coïncida également avec l’implantation du vignoble. La seconde moitié du XIXe siècle vit des implantations en Californie du Nord à Napa (l’Anglais John Patchett) et à Sonoma (le Hongrois Agoston Haraszthy). Celui-ci milita pour l’implantation de cépages européens.

Les principaux cépages californiens

Parmi les cépages on trouve du Cabernet – Sauvignon, du Pinot Noir, du Merlot notamment pour les rouges. Je suis toujours impressionné par la façon dont les Américains prononcent ces termes. On trouve aussi des cépages blancs comme le Chardonnay, le Colombard, le Chenin, le Sauvignon Blanc et le Pinot Blanc.

À noter un cépage très répandu, le Zinfandel. Il provient d’Italie du Sud et son implantation est attribuée à la forte immigration italienne à la fin du XIXe siècle.

Napa et Sonoma, relais de croissance pour des noms prestigieux

Ces facteurs favorables ont incité plus récemment de grands noms à jeter l’ancre en Californie (http://www.lemonde.fr/vins/article/2016/12/15/champagne-la-quete-de-nouveaux-terroirs_5049394_3527806.html) qui constitue par ailleurs un vaste marché au pouvoir d’achat moyen élevé. Les deux régions réputées sont Napa (qui signifie abondance en indien) et Sonoma à moins d’une heure en voiture de la Silicon Valley.

Des visites pas très guidées…

J’ai pu visiter plusieurs domaines dont Chandon et Mumm au sein de la Napa Valley.

Contrairement aux visites de caves et de châteaux en France, il n’y a pas de dégustation proposée à titre d’essai gratuit. En revanche, des coupes d’un équivalent Champagne sont facturées 25 dollars ainsi que des verres de vin. On constate la présence de couples qui viennent sur place dans une ambiance festive mais sans réelle volonté subtile de recherche de crus. Il n’est donc pas question de goûter et de garder le vin en bouche quelques secondes pour saisir différents arômes de multiples crus et éventuellement le recracher pour éviter une trop forte absorption d’alcool. La culture est différente.

La mondialisation du vin a du bon, petit rappel sur le bordelais

Le fait d’avoir des implantations de vignes dans le monde peut aussi constituer une sécurité face aux menaces auxquelles la vigne est confrontée : phylloxera, mildiou… Par exemple, face aux dégâts occasionnés par l’insecte phylloxera entre 1875 et 1892 dans le bordelais, le vignoble français fut sauvé grâce à la greffe de cépages français sur des porte-greffes californiens résistant à ce puceron… Cette proximité de cépages permet aussi des comparaisons entre certains vins californiens et certains Bordeaux.

Des particularités quant à la production

La chaptalisation – le fait de rajouter du sucre dans le vin pour augmenter son degré d’alcool – n’est pas un problème ici et il convient d’agir avec discernement de même que l’ajout de substances (par exemple cuivre, copeaux de bois) dans les terres parfois un peu massives et industrielles. Pour autant, le climat chaud permet à des vins de souvent dépasser les 14 degrés… et on peut trouver des vins dit « bio ».

 

En France rappelons les révoltes des vignerons en 1893 et en 1907 sous la IIIe République avec 600 000 manifestants une journée de juin à Montpellier. Ce fut en protestation des fraudes sur les vins et une forte répression de Clemenceau suivit. Les morts et la solidarité de l’armée avec la population ont abouti à la loi du 23 juin 1907 contre la chaptalisation des vins.

 

Les sulfites sont quant à eux utilisés pour faciliter le transport. Présents naturellement dans le vin, ce sont des antioxydants et des antiseptiques. Ils peuvent occasionner des effets secondaires (maux de tête). Alors que la réglementation européenne oblige les producteurs à indiquer « Contient des sulfites » si on en trouve plus de 10 mg / litre, les Californiens mettent simplement une mention laconique « Contains sulfites » sans préciser la quantité.

 

Pourtant en France, il est toujours intéressant d’avoir des données chiffrées précises et de comparer comme par exemple les cations et les anions dans les eaux de source et minérales. Ici, ce n’est pas le cas. Des vins peuvent contenir 30 mg de sulfites par litre alors que d’autres 10 fois plus sans avoir de précision sur l’étiquette. Ma compréhension est relative à la culture américaine : avec cette simple mention sur l’étiquette, une protection contre d’éventuels procès est assurée. On observera que les sulfites sont moins présents dans les vins rouges qui contiennent naturellement des tanins qui sont à la fois des antioxydants et utiles en prévention de maladies cardio-vasculaires.

 

En tout état de cause, il existe de bons vins en Californie au-delà de la production massive et industrielle mais le discernement demande du temps.