Pierre Gattaz, président du Medef, nous présente son analyse de la situation économique et son plan d’action pour l’année 2014 afin de remett re les entreprises, et par suite la France, sur le chemin de la croissance.

 

Pierre Gattaz, président du Medef

Pierre Gattaz, président du Medef

 

 

Nouvel élu, nouvelle gouvernance ?
A la tête du Medef, je n’ai qu’un objectif : faire de la France un pays compétitif et prospère et une obsession : l’emploi. C’est dans cet esprit que j’ai lancé lors de l’Université d’été du Medef le projet « 2020-Faire gagner la France ». L’idée est de proposer des mesures pour retrouver une France ambitieuse, porteuse d’espoir et d’enthousiasme grâce à des entreprises compétitives. « Faire gagner la France », ce n’est pas une utopie, c’est possible si nous faisons les réformes nécessaires. Si ces conditions sont réunies, nous pouvons ramener le chômage sous la barre des 7 % à l’horizon 2020. Il n’y a pas de fatalité à l’immobilisme, c’est une question de volonté et de détermination. Qui aurait parié il y a six mois sur une réforme en profondeur de la formation professionnelle ? Eh bien cette réforme nous l’avons faite ! Alors que le dispositif était immuable depuis 40 ans, nous l’avons modifié en accord avec les syndicats pour le rendre plus efficient au service de l’emploi. Avec la mise en oeuvre de cette réforme qui vise à améliorer l’employabilité des salariés, c’est l’ensemble de notre société qui sera demain capable de regagner la croissance qui nous fait tellement défaut. Pour remettre la France en marche, neuf pôles de travail regroupant une trentaine représentants de fédérations professionnelles et de Medef territoriaux, ont été mis en place au sein du Medef. Chaque pôle a, à sa tête, un président et un vice-président en charge de commissions qui traitent de tous les sujets économiques, sociaux, environnementaux, humains auxquels sont confrontées les entreprises : fiscalité, financement des entreprises, recherche et innovation, politique de formation, exportation, filières, droit des affaires, parité et égalité.

 

Quelles sont les mesures immédiates que le gouvernement devrait prendre en faveur des entreprises pour dynamiser la croissance ?
Baisser le coût du travail et la fiscalité qui pèse sur les entreprises. Du FMI en passant par la Banque Mondiale, l’OCDE, tous les experts – internationaux – font le même constat : le coût du travail trop élevé et la fiscalité trop lourde empêchent la France et ses entreprises d’être compétitives. Les entreprises françaises supportent 100 milliards de charges de plus que leurs homologues européennes : 50 milliards en impôts et 50 milliards liés au coût du travail. La fiscalité des entreprises doit baisser de 50 milliards d’euros, via une réduction significative des dépenses publiques. Parallèlement les cotisations sociales doivent baisser, elles aussi, de 50 milliards d’euros par le biais d’un transfert de charges vers des mécanismes de type CSG et TVA, pour alléger le coût du travail. Par ailleurs, l’hyper réglementation et la complexité de nos codes, notamment celui du Travail, ont un effet dévastateur sur l’activité et l’emploi. Nous avons 85 codes – 85 ! – dont trois qui font plus de 3 000 pages. Notre Code du Travail compte 3 200 pages et augmente de 50 à 100 pages par an. A titre d’exemple, le code du travail en Suisse, c’est 60 pages. Comment voulez-vous qu’un chef d’entreprise ou même un salarié s’y retrouve ? Pour remédier à cette situation, nous préconisons une diminution de 5 % par an de tous les codes. Pour un texte créé, supprimons en deux sur le principe du « one in, two out », en vigueur en Grande-Bretagne. Je note que c’est d’ailleurs une des propositions du think tank socialiste Terra Nova qui préconise de demander à chaque ministère de diviser par deux en trois ans la taille des codes (du travail, du logement, de l’urbanisme …) entrant dans son champ d’action.

 

Quels sont les deux chantiers prioritaires que vous souhaitez mener à terme ?
La question ne se pose pas ainsi. Comme je vous l’ai dit, je n’ai qu’un but que j’ai formalisé avec le lancement du projet « 2020 faire gagner la France ». Ce défi, et c’en est un après cinq ans de crise et trente ans de manque de courage, seules les entreprises sont capables de le relever. A condition de leur en donner les moyens. C’est le « Pacte de confiance » que je propose à François Hollande : le gouvernement crée un environnement fiscal, social, réglementaire compétitif et nous pouvons alors créer un million d’emplois en cinq ans. Nous avons identifié 5 chantiers à ouvrir : coût du travail, fiscalité, simplification, baisse des dépenses publiques, freins à l’embauche. D’ores et déjà nous avons été entendus puisque Pierre Moscovici a confirmé à la mi-octobre l’ouverture de deux chantiers, l’un sur le coût du travail, l’autre sur la fiscalité. Surtout, lors de ses voeux aux Français, le Président de la République a confirmé que ces sujets seront au coeur de la politique économique de 2014 et des prochaines années. Créer 1 million d’emplois en 5 ans c’est possible : il suffit qu’un tiers des 3 millions d’entrepreneurs français embauche une seule personne. Une lettre a été envoyée en ce sens à tous les chefs d’entreprise de France afin qu’ils sensibilisent leurs élus à ce projet et aux réformes nécessaires pour y parvenir. Car il y a un lien direct entre la compétitivité des entreprises et l’emploi. Pour répondre à votre question, ce ne sont donc pas deux chantiers que je souhaite mener à terme mais cinq car ces cinq-là forment un tout indissociable pour retrouver une croissance durable et riche en emplois. En fait, pour résumer, je dirais que ces chantiers sont une cause proximale au service d’une cause ultime : la compétitivité de notre pays et de ses entreprises au service et pour le bénéfice de tous.

 

Les décisions prises en matière budgétaire pour 2014 vous satisfont-elles ?
C’est un euphémisme de dire que l’élaboration du budget 2014 a été chaotique et laborieuse avec l’annonce de taxes aussitôt démenties et remplacées, avant d’aboutir in fine à une nouvelle ponction sur les entreprises avec l’augmentation de la surtaxe sur la taxe. Tout cela témoigne d’une méconnaissance de l’entreprise et de sa logique économique qui est trop souvent vue à travers un prisme idéologique et non comme un acteur économique. L’entreprise est malheureusement trop souvent un enjeu politique qui sert de variable d’ajustement budgétaire à chaque loi de finances… Au-delà, tout le monde en convient, il faut baisser la fiscalité qui pèse sur les entreprises et sur les ménages. Le redressement des comptes publics ne peut plus reposer sur la hausse des impôts, ce n’est pas moi qui le dis, c’est Mario Draghi, le président de la BCE. En ce sens, la tenue d’Assises de la fiscalité est un signal prometteur. Mais il faut que cela débouche sur des mesures concrètes, notamment une baisse de la fiscalité. Si cet objectif n’est pas clairement proclamé, nous ne participerons pas à ces Assises. Mais pour y parvenir, il n’y a qu’une seule solution : réduire et optimiser les dépenses publiques. Si nous ne nous attaquons pas sérieusement aux dépenses publiques, nous n’arriverons pas à réformer notre fiscalité, tant pour les ménages que pour les entreprises. Nous proposons de baisser la dépense publique de 100 milliards sur cinq ans, ce qui représente 20 milliards par an. Cela peut paraître beaucoup mais rapporté au montant des dépenses publiques – 1 150 milliards d’euros chaque année ! – c’est 1,7 % d’économie par an, 1,7 % ! N’importe qui dans son entreprise, ou même dans son foyer, est capable de baisser ses dépenses de 1,7 %. Mais pas les pouvoirs publics ?

 

Donnez aux élèves de l’enseignement supérieur des raisons de croire dans l’avenir économique de leur pays
C’est malheureusement une évidence, notre pays ne fait plus rêver et de plus en plus de jeunes Français le quittent ou souhaitent le quitter. Pour des raisons positives d’ailleurs comme notamment l’acquisition d’une expérience internationale indispensable. Mais aussi pour des raisons qui le sont moins. Beaucoup de jeunes sont séduits par l’attractivité de pays plus dynamiques, à la législation plus souple, à la fiscalité moins confiscatoire. On peut les comprendre ! En 2014, chaque nouveau-né français viendra au monde avec une dette estimée à 30 000 euros. L’endettement de la France se fait au mépris de ses forces vives, de sa jeunesse. C’est inadmissible d’un point de vue moral et c’est antiéconomique. Pourtant, notre pays a des atouts considérables, avec des entreprises leaders dans la recherche médicale, le nucléaire, l’aéronautique, l’énergie, l’environnement, des ingénieurs hors pair reconnus dans le monde entier, des PME et ETI dynamiques et créatives, des infrastructures de qualité … Malheureusement tout ce dynamisme et ces compétences sont étouffés sous une inflation de textes et de réglementations tatillonnes et entravés par une fiscalité décourageante, malgré des avancées comme la pérennisation du Crédit impôt recherche ou le CICE. Mais là encore, ce n’est pas une fatalité. Regardez la création du coeur artificiel, une première mondiale qu’a réalisée le Professeur Carpentier avec son équipe. Un bijou technologique 100 % français fruit du travail acharné et de la volonté d’un homme qui a eu l’audace de créer son entreprise pour réaliser son exploit. Cette réussite magnifique, c’est aussi celle des investisseurs, du plus petit épargnant jusqu’au plus emblématique comme Matra Défense, n’ont pas hésité à financer un projet à long terme. C’est cela le génie français, un capitalisme au service d’un projet porté par une recherche d’excellence. C’est pourquoi nous avons toutes les raisons de croire dans l’avenir économique de notre pays. Et si je ne devais en donner qu’une seule, qui rassemble toutes les autres, je citerais notre projet « F aire gagner la France ». Si le gouvernement s’emploie à faire les réformes nécessaires et si nous, de notre côté, comme nous l’avons décidé avec la création d’un pôle consacré à cet effet, accompagnons systématiquement les entreprises dans leur démarche de développement et d’exportation avec des produits innovants et irréprochables, la France retrouvera son rang dans le peloton de tête des pays compétitifs et prospères. D’ailleurs le Wall Street Journal l’a affirmé à plusieurs reprises : si on libérait un jour sa capacité de production, la France serait la première économie du monde.

 

Patrick Simon