Spécial recrutement

 

C’est avec l’apparition de LinkedIn et Viadeo, qu’au début des années 2000, tout a basculé. Sans que l’on s’en aperçoive au départ. Mais progressivement, discrètement, les réseaux sociaux se sont inscrits dans le paysage français. Près d’une dizaine d’années plus tard, ils représentent l’outil incontournable de toute politique de recrutement. Rencontre avec Jean-Christophe Anna, consultant en Stratégie de Recrutement innovant pour Link Humans et blogueur sur Job 2.0.

 

 Jean-Christophe Anna, consultant en Stratégie de Recrutement innovant pour Link Humans et blogueur sur Job 2.0.

Jean-Christophe Anna, consultant en Stratégie de Recrutement innovant pour Link Humans et blogueur sur Job 2.0.

Quand l’utilisation des réseaux sociaux professionnels a-t-elle commencé ?
J’ai coutume de dire qu’il y a eu trois époques :
– Le recrutement papier presse
– Le recrutement avec les jobboards apparus vers 1998
– L’explosion des réseaux sociaux en 2007, même si les entreprises aujourd’hui en pointe au niveau réseaux sociaux -la Société Générale, Alcatel, BNP Paribas, Orange, L’Oréal, Deloitte, l’Armée de Terre…- ont vraiment commencé en 2010.

 

Quel usage les entreprises font-elles aujourd’hui des réseaux sociaux pour recruter ?
1. Une utilisation basique : j’ai reçu 100 CV, j’en ai retenu une quinzaine, sur ces 15, je fais une qualification téléphonique et pour les 7 ou 8 entretiens je vais googliser, regarder si les candidats sont présents sur Viadeo, LinkedIn.
2. Ceux qui l’utilisent vraiment comme un canal de sourcing, en plus ou à la place des CVthèques.
3. Les cabinets qui vont encore plus loin : je source via les réseaux sociaux mais je me constitue aussi un fichier de candidats 2.0 en animant une communauté d’experts. Je vais trouver du contenu susceptible de les intéresser, soit sur un métier, soit sur un secteur de l’entreprise, soit sur un sujet proche des valeurs de l’entreprise. Et le jour où j’ai un besoin en recrutement, je le diffuse à travers cette communauté et je touche plus facilement des personnes que cela intéresse.

 

 

Vos conseils aux étudiants ?
Le problème des candidats, c’est qu’ils n’ont pas compris la puissance des réseaux sociaux. Ils connaissent les outils du côté personnel mais moins du côté professionnel. Quelqu’un d’un peu culotté et curieux aujourd’hui a tous les outils pour se faire remarquer par son interlocuteur. Il faut simplement être un peu dégourdi et y aller. J’ai des cas concrets de demandeurs d’emploi qui ont trouvé sur Twitter, sur Viadeo, parce qu’ils ont pris contact avec la bonne personne.

 

Quelles sont vos 7 règles d’or pour être recruté sur internet ?
1. Avoir un CV efficace publié sur les principaux jobboards
2. Réaliser un audit de sa présence en ligne, c’est-à-dire aller sur Google et voir ce que l’on dit de soi
3. Maîtriser son identité numérique en se créant un profil Viadeo et LinkedIn
4. Opter pour un CV 2.0 avec Do You Buzz, qui offre la possibilité d’enrichir son CV avec du contenu et, donc, de prouver que ce que l’on dit est vrai
5. Etre curieux et s’engager : échanger, discuter
6. Oser toquer directement à la porte des recruteurs
7. Asseoir son expertise par le biais de multiples outils 2.0 : Twitter, blog, …

 

Avec Twitter, il a trouvé son bonheur !
Il y a un an et demi, alors que Thomas, étudiant à l’EM Strasbourg Business School, cherchait son stage de fin de première année à Londres, il a pensé à Twitter. « Étant donné que je n’avais pas de contact, je me suis dit que comme l’entreprise que je visais, travaillait dans les médias sociaux, elle serait contactable via Twitter. J’ai cherché parmi les employés un nom à consonance française. » Thomas trouve alors une employée qu’il suit sur Twitter quelque temps, avant finalement de lui demander son adresse mail. Résultat : il décroche un entretien. Si finalement il n’obtient pas le stage, la démarche s’avère fructifiante quelques mois plus tard lorsque, cherchant cette fois son apprentissage, il est désigné pour remplacer le community manager de l’école grâce à Twitter ! Ses conseils aux étudiants ? « Déjà, se lancer, parce que quand les étudiants arrivent sur Twitter c’est horrible, ils ne comprennent pas l’intérêt car ils sont trop formatés Facebook alors que c’est un tout autre usage. Il faut donc vraiment se familiariser avec l’outil. Deuxièmement, il faut engager la conversation. Enfin, il faut donner une raison aux internautes de nous suivre, ce qui prend du temps. Moi j’ai mis deux ans à être vraiment suivi sur Twitter. »

 

 

Yupeek et Wizbii : deux nouveaux réseaux sociaux pour les jeunes
Nées toutes deux en 2011, Yupeek et Wizbii sont parties d’un même constat, celui que les réseaux sociaux professionnels déjà existant ne satisfaisaient pas les jeunes. Ainsi, si Facebook est sans conteste plébiscité par les 18-25 ans, en revanche LinkedIn et Viadeo, plus utiles dans la recherche d’emploi, sont davantage trustés par les cadres déjà expérimentés, tandis que les jeunes diplômés ne les utilisent que de manière réduite. D’où la création de ces deux réseaux sociaux dédiés aux étudiants/jeunes diplômés, qui centralisent les offres d’emploi à destination des élèves de l’enseignement supérieur. Avec quelques différences toutefois.
⇒ Benjamin Ducousso, cofondateur et président de Wizbii précise ainsi que son réseau est focalisé sur la notion de projet professionnel, d’un point de vue à la fois entrepreneurial et salarial.
« Sur Wizbii, vous avez le choix du job, du stage mais aussi la possibilité de rejoindre des initiatives professionnelles. » Permettre aux étudiants issus de formations différentes et à la recherche de compétences complémentaires aux leurs de se rencontrer pour mettre en place un projet commun, voilà l’une des missions fondamentales de ce réseau social. « On a créé Wizbii pour favoriser l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes autour du monde. »
⇒ Tarek Moutawakkil, de son côté, met en évidence deux spécificités de Yupeek dont il est le cofondateur : « D’une part, on fonctionne par cooptation : si je reçois une annonce qui ne m’intéresse pas, je peux la transmettre à mon réseau Yupeek. D’autre part, quand une entreprise cherche des profils sur le site, ils sont anonymes, ce qui favorise l’égalité des chances et permet à quelqu’un qui serait sollicité de refuser une offre sans avoir peur des conséquences. »
Pour Tarek Moutawakkil, l’intérêt de Yupeek (et a fortiori de Wizbii) est double. Premièrement, à la différence des CV traditionnels, figés, ceux que l’on trouve sur Yupeek ou Wizbii se révèlent davantage pertinents puisque les étudiants – qui se connectent souvent à internet- les actualisent régulièrement. Deuxièmement, les demandeurs d’emplois sont plus réactifs que sur les jobboards traditionnels. « Chez nous le délai moyen de réponse des étudiants est de 11heures » souligne ainsi Tarek Moutawakkil. Pour ces deux nouvelles plateformes, le succès est là, témoignant d’une réelle demande, avec 1200 entreprises et 35 000 étudiants/jeunes diplômés inscrits sur Yupeek, et respectivement 700 et 30 000 sur Wizbii.

 

 

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau