Patrick Simon, auteur ‘‘d’Autopsie de l’Apocalypse’’

Que pensez-vous de l’avis des nombreux experts qui affirment qu’il n’y aura pas de fin du monde ou en tout cas pas avant des millénaires ?
Je ne me fie pas toujours à l’avis des experts. Regardez, personne n’avait vu venir la Révolution Française, les guerres napoléoniennes, aucun expert n’avait non plus pu prédire la Révolution Russe, la crise de 29, la Shoah, le 11 septembre, le printemps arabe ou les crashs financiers récurrents de ces dernières années. Par ailleurs, les cataclysmes naturels, les raz de marée, les séismes sont tout autant imprévisibles que dévastateurs. Les experts peuvent donner des estimations, des tendances, mais aucun ne pourrait prédire quand un super volcan entrera en éruption ou ce que seront les scénarios cataclysmiques de demain parce que cela relève d’un domaine plus étendu que l’expertise. De plus, généralement les grandes crises sont de fortes ruptures, très brusques, liées à un Egrégore. On parle d’Egrégore lorsque tout le monde tend vers la même idée, générant ainsi une force, et participant à la réalisation de cette idée. Pour illustrer cette théorie, on peut donner l’exemple de la grande peur survenue lors de l’an 2000 où l’on pensait que les ordinateurs allaient avoir un bug car ils auraient été incapables de supporter le passage de 1999 à 2000. De la même façon, si les gens pensent collectivement que le monde n’a plus d’avenir, d’idéologie, de système économique fiable, et que les politiques s’effondrent, alors on peut penser que ce scénario apocalyptique va se réaliser.

 

Pourquoi avoir choisi l’apocalypse comme sujet ? Combien de temps avez-vous travaillé sur ce livre ?
Au début je voulais réaliser un documentaire télévisé avec la participation d’Endemol. Pendant deux ans j’ai fait des recherches sur différents sujets, et plusieurs aspects de ce que pourrait être l’apocalypse. Finalement le documentaire ne se faisant pas assez vite, j’ai décidé d’écrire ce livre en me servant de mon travail des deux dernières années complété par des recherches antérieures. J’ai choisi de faire une « autopsie » de l’apocalypse, c’est-à-dire de me placer après que celle-ci soit passée, d’analyser ce qui avait bien pu se produire en traitant toutes les hypothèses possibles afin d’en montrer les risques. Cela signifie aussi que j’ai foi en la possibilité d’une renaissance de la planète sur des fondements nouveaux.

 

Vous évoquez plusieurs possibilités pour l’apocalypse. Laquelle vous paraît être la plus crédible ?
L’apocalypse est une période durant laquelle une série de catastrophes qui s’enchaînent va plonger le monde dans un chaos indescriptible. On peut envisager dans un premier temps une combinaison des facteurs humains et naturels. Cela commencerait par des cataclysmes écologiques qui déstabiliseraient le monde sur un plan économique et social, ce qui dans une période instable où les crises financières se multiplient dans un monde en récession, paraît fort probable. Par exemple, il suffit d’avoir des inondations, ou bien des grandes gelées pour que les récoltes soient complètement anéanties, que le cours des denrées alimentaires augmente et que l’on voie ressurgir sur la planète des famines touchant des continents entiers ! Lors de ce type de crises sociales, les extrêmes et les fanatiques prennent le pouvoir plus aisément, et c’est ce qui mène à la guerre ; la troisième guerre mondiale est proche. Cataclysmes naturels, crise économique et financière, conflits sociaux, politiques, et militaires qui en découlent ; c’est ce que j’appelle apocalypse car c’est un effondrement du monde qui repartira sur de nouvelles bases par la suite. Le terme « apocalypse » ayant pour signification exacte : révélation, on peut imaginer qu’il s’agit d’une période de transition qui verra le monde renaître de ses cendres sur des fondements plus sains et davantage en accord avec la nature.

 

Vous évoquez donc trois prophéties majeures à savoir Fatima, Malachie et Nostradamus car ce sont finalement 3 prophéties qui concernent une période qui n’est pas encore arrivée. Mais n’est-ce pas une interprétation personnelle ou bien subjective de ces prophéties ?
Il y a des prophéties qu’on peut interpréter, mais il s’avère aussi qu’aujourd’hui, il y a une conjonction de prophéties qui peuvent se réaliser effectivement. Ainsi, Saint Malachie a listé une suite de 112 papes qui se succèderont, de même qu’il leur a attribué des devises latines pour les définir. Il est intéressant de voir que toutes les devises illustrent bien la personnalité des papes qui se sont succédé. Il a notamment écrit qu’après Benoit XVI, auquel il attribue la devise « De gloria olivae », il y aurait Pierre le Romain, le dernier pape où le peuple chrétien subirait les dernières tribulations avant que Dieu ne juge son peuple. Ensuite, il termine par le mot FINIS. On constate également que toutes les prophéties religieuses d’Occident, d’Asie ou d’Amérique (cf les Mayas) ou privées, y compris évidemment la troisième prophétie de Fatima et les prophéties de Nostradamus ne vont pas au-delà de 2020. Ensuite, il n’y a plus rien. Tout s’arrête.

 

Pensez-vous que les efforts environnementaux permettront d’endiguer, de retarder, voire même d’éviter une apocalypse ? Ou bien sommes-nous déjà engagés de façon irrémédiable vers notre propre perte ?
Il est vrai qu’on a déjà vu des gouvernements s’engager à respecter l’environnement de façon durable. Néanmoins, le monde est loin de faire suffisamment preuve de bonne volonté dans ce domaine. Les grandes puissances comme les Etats-Unis et la Chine refusent constamment de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre car ils craignent de réduire leur propre croissance. Les efforts nécessaires ne sont pas réalisés. De même, on pourrait attendre une aide financière de la part des pays du Nord pour aider et participer au développement écologique des pays du Sud. Pourtant, rien ne se passe car aujourd’hui tous les pays sont endettés et doivent faire face à leurs propres difficultés financières. Finalement les initiatives, comme le Sommet de la Terre de Rio en 2012 pour tenter d’endiguer une crise environnementale, en restent au stade « d’intentions de faire ». Dans l’absolu, il serait possible d’éviter ces crises, mais il faudrait agir très rapidement et dans un élan mondialisé.

 

Vous expliquez dans votre livre que selon vous les siècles se terminent généralement une quinzaine, voire une vingtaine d’années après la date officielle (cf guerre de 14, Napoléon…), pourquoi cette interprétation ?  N’y en a–t–il pas d’autres ?
Certes, il s’agit de mon interprétation historique des dates, puisqu’on pourrait également se dire que les siècles s’achèvent, non pas 15 à 20 ans après la date officielle, mais plutôt 15 ou 20 avant (comme l’illustre l’exemple de la Révolution Française, de la Troisième République, ou encore celui de la Guerre Froide…). Il est effectivement possible d’envisager le rythme des siècles sous cet angle. Cependant, j’ai choisi dans mon livre de lier le basculement des siècles aux guerres passées. En effet, si on étudie historiquement les trois derniers siècles, on s’aperçoit que les principales structures politiques, économiques, sociales, et culturelles se sont vues transformées à la suite de guerres violentes et responsables de la mort de millions d’hommes : comme celles menées par Louis XIV, les guerres napoléoniennes, et la guerre de 14.

 

En écrivant ce livre, n’avez vous pas le sentiment de vous placer vous aussi en tant que prophète ?
J’attendais qu’on me pose cette question ! Toutefois, le prophète est celui à qui Dieu a confié la vision de l’avenir pour prévenir les hommes de ce qu’il ne faut pas faire. En cela, je ne me place pas aux rangs des prophètes, car je n’ai fait que rappeler aux hommes les dangers qui nous guettent si nous persévérons dans cette voie. Alors oui, je rappelle aux gens qu’une financiarisation trop forte de l’économie, des spéculations excessives, une consommation de gaspillage, un fanatisme extrême, une régularisation minimaliste de l’armement, et une absence de conscience environnementale nous mèneront immanquablement à notre perte. Cependant, je ne prétends pas prédire l’avenir, mais je donne les facteurs à modifier d’urgence pour éviter que le scénario catastrophe que je décris dans cet ouvrage, ne se produise.

 

Vous semblez néanmoins faire un constat très pessimiste de notre avenir…
Vous savez, il n’y a pas de déterminisme total. Les civilisations peuvent durer longtemps, tout en s’effondrant lentement. Le rôle des prophéties est justement de nous mettre en garde et de nous dire : « inquiétez-vous ! » Aujourd’hui, l’équilibre écologique de la planète devient précaire, l’économie est très fragile, le chômage ne cesse d’augmenter, l’armement se fait de plus en plus menaçant avec des armes chimiques, bactériologiques et nucléaires toujours plus dangereuses et présentes dans une majorité de pays ; on assiste à une prolifération du fanatisme, de la violence, il n’existe pas de vision claire de l’avenir… alors oui, on peut être pessimiste, et de façon irrémédiable je pense qu’il y aura une transformation de la société. Toutefois, ce pessimisme actuel cache une grande part d’optimisme pour la suite, puisque, pour ma part, je m’attends à une transformation positive des civilisations. Ce sera l’opportunité pour l’Homme de prendre de nouvelles résolutions quant à son avenir, pour aboutir à une renaissance de notre monde.

 

Pour conclure ?
Finalement, l’Homme est à la croisée des chemins. Sa route semble tracée, il est au bord du précipice. Aujourd’hui, deux solutions s’offrent à lui : soit il fait le choix de l’inertie la plus totale et il court à sa perte, soit  il choisit de se diriger vers un autrechemin, certes semé d’embûches, mais qui lui permettra néanmoins d’échapper à l’apocalypse ou tout au moins d’en atténuer les effets. Il s’agit alors de prendre en considération les causes et les facteurs qui mènent actuellement le monde au bord du gouffre et d’élaborer un plan d’action rapide et efficace dans un esprit de synergie absolue. Les civilisations du XXIe siècle en sont-elles capables ? Personnellement, je ne le crois pas.

 

Gabriel Ascione, élève de RMS