À 21 ans seulement, Chloé Schmitt fait paraître son premier livre : les Affreux. Jeune élève de Science Po, elle évoque avec douleur et profondeur la vie d’une personne d’une trentaine d’année handicapée brusquement à la suite d’un AVC.

Un matin pendant qu’il se brosse les dents, la vie d’Alfonse change brusquement.
Atteint d’un AVC qui le paralyse entièrement et le rend incapable de bouger et de s’exprimer, il est cloué sur un fauteuil roulant et assiste dès lors entièrement passif aux aléas d’une vie très rude, très noire. « L’accident, on l’attend toujours de derrière, d’autre chose, on se méfie jamais trop de soi-même ».
Le lecteur assiste donc à une histoire très sombre, presque aussi passivement que le narrateur. Ainsi Le lecteur suit les pensées d’Alfonse dont seul le cerveau reste éveillé. Le reste est mort. Les autres personnages, bien que possédant une légère profondeur humaine, sont souvent caricaturés, poussés à l’excès, à la méchanceté. En fait tous les personnages sont animés d’instincts cruels, parfois meurtriers ou bien même comme la femme d’Alfonse : suicidaire. Une seule personne échappe à ce schéma, il s’agit d’Annabelle, qui s’occupe et protège Alfonse. Mais malgré cela, il y a chez elle un tempérament naïf, qui fait qu’elle ne se rend pas compte de ce qui se passe autour d’elle. « Elle voyait que le bien, ses yeux étaient faits rien que pour le paradis. » Ainsi, le lecteur a du mal à se reconnaître ou bien à s’attacher à l’un des personnages. Ils deviennent presque tous insupportables, insoutenables, le lecteur se sentant complice de tant de méchanceté. Cela crée une véritable distanciation avec le lecteur.
C’est avec un style d’écriture très Célinien que Chloé Schmitt choisit pour faire parler, ou plutôt penser, son narrateur. Des phrases courtes, parfois non finies, une langue orale avec beaucoup d’argot, on se croirait dans « Voyage au Bout de la Nuit »… en moins bien. La langue heurtée décrit la souffrance du personnage, la souffrance d’une vie blessée, stoppée en pleine course.
Cependant on pourrait presque reprocher ce coté trop heurté de la langue.
De temps en temps, une phrase bien construite fait penser que l’histoire va s’élever un peu, une bribe de morale ? Une éphémère intervention de l’auteur ? Mais non, le lecteur retombe très vite dans la trivialité de l’histoire.
C’est presque une description naturaliste à laquelle le lecteur assiste.
Les fissures du plafond devenant même une sorte de gravure évoquant l’être désiré, l’être aimé. Mais s’il y a du naturalisme c’est surtout l’aspect glauque que l’on retrouve dans ce roman. On pourrait presque y voir la description de la couleur verte de Gervaise morte faite par Zola dans « l’Assommoir ». En effet, tout est porté au glauque, plus on avance dans le récit d’Alfonse, plus on s’enfonce : du suicide de sa femme, à son frère alcoolique et violent qui le recueille, jusqu’au nouveau petit copain d’Annabelle qui ne veut que s’en débarrasser… La dernière phrase du roman est une sorte d’apothéose « juste sa main, nos mains. Pour combien de temps ? Il n’y a pas de paix, il n’y a que la guerre. »
Le roman peut être comparé au film « Intouchable »… l’humour en moins.
Mais c’est tout de même un auteur avec beaucoup de potentiel qui apparaît sur la scène littéraire avec ce premier ouvrage.

 

Gabriel Ascione, élève à RMS