le grand entretien

 

Ces dernières années les business school ont engagé une mue. Pour Bernard Belletante, président du Chapitre des écoles de management au sein de la Conférence des Grandes Ecoles, ce n’est que le début d’une structuration, pédagogies alternatives, l’avenir des écoles sera au développement et à l’innovation… ou ne sera pas.

 

Bernard Belletante, directeur de KEDGE Business School, est pour un second mandat président du Chapitre des écoles de management au sein de la Conférence des grandes écoles

Bernard Belletante, directeur de KEDGE Business School, est pour un second mandat président du Chapitre des écoles de management au sein de la Conférence des grandes écoles

 

 

Pourquoi un Chapitre dédié aux écoles de management au sein de la CGE ?
L’objectif est d’avoir une représentation autonome et dédiée au milieu des très nombreuses écoles d’ingénieurs de la CGE. Le Chapitre est un organisme de qualité, il audite les business schools qui souhaitent intégrer la CGE (une ou deux par an avec des taux de réussite très variables). EQUIS reçoit uniquement les candidatures d’écoles validées par leurs organismes nationaux, en France le Chapitre. Nous sommes un organisme professionnel et à ce titre avons pour objectif d’améliorer la circulation des informations, le partage de bonnes pratiques, de créer un espace d’échange entre nos membres, endehors de tout esprit de compétition. Le Chapitre crée une communauté, permet à des établissements de taille, de notoriété et de positionnement différents de se côtoyer, d’échanger. En ce sens, le Chapitre s’apparente à un club de directeurs avec des groupes de travail sur l’international, la recherche, l’entrepreneuriat, le financement, la gouvernance… Le Chapitre s’implique aussi dans le débat politique dès que cela est nécessaire. Que traduit le doublement des effectifs étudiants des 40 écoles membres en 10 ans ? Notre attractivité ! Elle est totalement liée à l’employabilité de nos diplômés, le fait que nous placions l’emploi au centre de nos pédagogies. Ce taux est le « juge de paix » face à tous les discours sur nos frais de scolarité, notre sélection, etc… Et cela ne concerne pas que le diplômé qui entre dans une grande banque à Londres. Nos écoles ont la capacité à former et placer des profils pour l’ensemble de l’économie, des secteurs et types d’entreprises. Leur force est de répondre aux besoins de la PME régionale comme du groupeinternational. Toutes les écoles ne se ressemblent pas. Elles font le choix de positionnements.

 

A-t-on atteint un seuil des effectifs ?
Tout organisme qui ne croît pas est voué à disparaitre. Pour se développer, il faut casser les cadres, les frontières. A partir du moment où l’on évolue dans nos méthodes pédagogiques et où l’on va à l’international, rien n’empêche nos écoles de croître.

 

Comment peuvent-elles se déployer à l’étranger ?
Certaines le font déjà, travaillent et forment sur place des étudiants locaux, recrutent des professeurs. Les écoles s’inscrivent dans l’industrie mondiale de la formation, elles n’y vont pas avec leur modèle grande école, mais des masters, des bachelors, des MBA. Certes en capitalisant sur les atouts de notre pédagogie. C’est bien ce que business school veut dire : école de business et non faculté de sciences économiques. A l’international, une business school française, c’est la dimension enseignement supérieur technique et la proximité avec lemonde de l’entreprise. Nos écoles exportent la capacité à avoir une recherche appliquée aux entreprises, à mettre en place des stages ou une année de césure, une pédagogie de l’action orientée vers l’entreprise, une façon d’appréhender l’internationalisation.

 

Le numérique est un autre levier de ce développement continu ?
Le numérique est le second allié de notre développement en permettant de déployer des pédagogies alternatives, innovantes comme le blended learning ou l’action learning ; en développant l’interaction, en impliquant l’étudiant dans son parcours d’apprentissage. Ces outils sont efficaces que l’on ait 500 ou 25 000 étudiants. C’est cette révolution de la transmission de la connaissance autrement qui nous permettra un déploiement extrêmement important.

 

Quels dossiers vous tiennent à coeur pour ce second mandat ?
Le Chapitre a fait un excellent travail sous la houlette de son vice-président Francis Bécard, sur l’entrepreneuriat. Le groupe de travail a démontré l’efficacité des écoles de management en matière de création d’entreprises et échange les pratiques. Concernant la recherche, nous avons pu constituer un panorama de nos 40 écoles pour mieux connaître nos organisations, repérer les bonnes pratiques. De son côté, Jean-François Fiorina a rédigé un Livre blanc des accréditations. Ces travaux témoignent de notre volonté de passer de la compétition à la coopétition.

 

Quelle est votre vision du paysage des écoles de management à 10 ans ?
On a coutume de dire que les dernières années ont été très animées. Je pense que les prochaines le seront tout autant ! A 10 ans, je vois 4 ou 5 groupes français en capacité de jouer sur le terrain international. D’une manière générale, les gagnantes seront celles qui auront fait des choix : d’être généralistes, de se positionner sur des niches ou localement… Nous sommes au milieu du gué, rien n’est figé, tout est possible ! Pour des écoles qui ne sont pas soumises aux finances publiques, la latitude, la souplesse, la réactivité sont grandes. Cette flexibilité est un atout qui ne doit en rien minimiser l’enjeu que représente la recherche de financements pour nos établissements. Il y a une pression sur la taille optimale à atteindre pour peser à l’international, et donc à trouver nos capacités d’investissement. Là aussi, comme dans toute période de recomposition, de nouveaux modèles vont être inventés. C’est un moment passionnant, on peut tout imaginer ! Je suis toujours admiratif de ce que font mes collègues ; de leur capacité à créer l’évènement, de nouvelles activités, types de relations avec les entreprises, leurs territoires, leur contribution au développement économique et social … Cette émergence permanente est une richesse.

 

Quelle est la responsabilité des écoles de management dans la formation de futurs managers ?
Nos écoles ont la responsabilité de permettre à leurs étudiants de construire l’attitude qui sera la leur en tant que professionnels et citoyens, qu’ils sachent considérer les conséquences de leurs décisions. La responsabilité managériale est une démarche intellectuelle. La responsabilité académique est de montrer que la décision n’est ni neutre ni de court terme. Nos écoles ont aussi une responsabilité sociale quant à la santé de leurs étudiants dans la lutte contre les addictions, la solitude, le stress ; et une responsabilité sociétale en ce qui concerne l’accueil de jeunes en situation de handicap.

 

L’école de management idéale de Bernard Belletante
Je propose de confier 100 millions d’euros au président du Chapitre des écoles de management pour fonder son école idéale. « Elle serait globale, numérique et centrée sur la création. Elle serait mondiale. Elle considérerait le management comme ce qui fait l’objet des processus, la richesse de l’entreprise, sa diversité et son caractère entrepreneurial. Elle s’attacherait plus au business qu’au management. Elle mettrait la création au coeur de son projet. »

 

A. D-F