MIS EN LUMIÈRE PAR UNE MUTATION ÉCONOMIQUE QUI VALORISE SES QUALITÉS FONDAMENTALES : GÉNÉRALISTE, OUVERT ET AUSSI APTE À AFFRONTER LA COMPLEXITÉ QUE LE CHANGEMENT, LE MODÈLE, UNIQUE EN SON GENRE, DE FORMATION DES INGÉNIEURS « À LA FRANÇAISE » S’EXPORTE AUJOURD’HUI DANS LE MONDE ENTIER…

© Aslan Topcu - Fotolia

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Chine, Inde, Vietnam, Singapour, Maroc, Sénégal, Brésil… la Commission du titre d’ingénieur ne sait plus où donner de la tête. Faute de pouvoir accueillir dans nos écoles les étudiants du monde entier (déjà 15 % des effectifs et jusqu’à un tiers à l’ECP), faute de pouvoir « exporter » tous nos talents (20 % oeuvrent déjà à l’étranger selon l’Observatoire des Ingénieurs et Scientifiques de France, chiffre en hausse constante), c’est le modèle même de formation des ingénieurs « à la française » (en français dans le texte) qui se déploie aujourd’hui aux quatre vents de la mondialisation.

 

Jules Verne 3.0
Mais que lui trouve-t-on de si particulier à notre « french engineer » ?… Sa culture, tout simplement. Là où les autres écoles, anglo-saxonnes notamment, sont réputées former en manière d’ingénieur d’excellents techniciens supérieurs, très tôt spécialisés et ayant reçu une formation essentiellement théorique, les jeunes diplômés issus de nos grandes écoles sont des généralistes pluridisciplinaires, rompus à l’apprentissage par projets et au travail d’équipe, sachant, grâce aux stages, à quoi ressemble une entreprise et quelles peuvent être ses problématiques. Un « concept » finalement unique en son genre (là où les jeunes diplômés chinois sont des rats de bibliothèque et où, en Inde, le QCM règne encore en maître) dont la mondialisation et la crise économique ont mis en lumière toute la pertinence : multiculturel, openmind et familier de la complexité, l’ingénieur made in France représente un modèle d’adaptabilité et d’« agilité » (LE mot de passe du vocabulaire économique depuis quelques années), autant dire du pain béni pour les entreprises étrangères.

 

« Leaders-entrepreneursinnovateurs »
Plus besoin pour nos ingés (dont la formation particulière a révélé tous les talents personnels, ces « skills » différenciants devenus si importants aux yeux des employeurs) de s’envoler vers les Etats- Unis (patrie professionnelle d’accueil redescendue de presque 20 % à 8 % en quelques années) ni vers le Japon pour embrasser une carrière internationale. La moitié des ingénieurs français souhaitant acquérir une expérience à l’étranger n’ont eu qu’à passer la frontière pour être exaucés : Italie, Allemagne, Luxembourg, Suisse les accueillent à bras ouverts. « Leur ouverture à l’économie, au management, aux sciences sociales, à la gestion et la finance les dote d’une vraie vision transversale, explique Arnaud Poitou, directeur de Centrale Nantes, laquelle leur permet d’aborder la plupart des problèmes dans toute leur complexité ». « Ce sont par excellence des leaders-entrepreneurs-innovateurs, résume Vineet Nayyar, grand patron indien, auteur d’un best-seller mondial* et promoteur de l’installation de l’ECP à Hyderabad (voir encadré). C’est sur ce modèle que sont désormais formés nos futurs dirigeants ».
*« Les employés d’abord » éditions Diateino

 

QUAND CENTRALE DÉCENTRALISE…
Tout a commencé en 2005 lorsqu’une délégation chinoise s’est rendue à l’ECP pour demander qu’y soit formé, chaque année, 1 000 de leurs étudiants, soit… le double d’une promotion entière ! Au lieu de quoi, dès 2007, une Ecole Centrale a ouvert à Pékin qui forme chaque année 120 « engineers à la française » dûment certifiés. Le double sortira dans 5 ans de la Mahindra Ecole Centrale, ouverte, elle, l’an passé, à Hyderabad, en Inde ; et le Maroc prendra le relai à partir de 2017 tandis que des cursus pluri-pays se mettront progressivement en place. Résultat : d’ici une poignée d’années, on formera d’avantage de Centraliens à l’étranger qu’en France !

 

JB