Ryadh Sallem, champion de basket fauteuil, est porteur de projets innovants de prévention au handicap et de valorisation des personnes handicapées. Son objectif : faire des personnes handicapées des acteurs du changement et des modèles positifs. Son credo : « Ne vous demandez pas ce que vous pouvez faire pour les handicapés, mais ce que les handicapés peuvent faire pour vous. » Ceci sans angélisme et avec conscience des discriminations qui existent dans notre société.

Pourquoi la prévention est-elle essentielle en matière de handicap ?
La majorité des handicaps interviennent en cours de vie et sont souvent liés à des comportements qui mènent à des accidents. Il faut donc particulièrement cibler les jeunes qui ont un sentiment de toute puissance. On a tendance à parler des risques sans évoquer les conséquences concrètes. Si le Français n’aime pas les règles, il est en revanche très friand de pédagogie. Il faut alors accompagner chaque interdiction d’explications et mettre en avant les effets positifs induits par la prévention.

Comment évolue le regard sur le handicap dans l’entreprise ?
Les choses se sont accélérées depuis la loi de 2005. Elle mêle dimensions répressives et pédagogiques. Certaines entreprises y voient la perte d’argent que cela représente de ne pas employer 6 % de salariés handicapés. D’autres y voient un outil pour montrer leur engagement d’entreprise citoyenne. Dans notre société, on a tendance à stigmatiser le vilain petit canard plutôt que de mettre en avant ceux qui agissent. Certes il est plus difficile d’amener des solutions et de les pérenniser, mais c’est possible.

Comment faire changer les choses ?
Il existe deux manières de faire changer le monde : à coup de révolution ou de prise de conscience. Je suis issu du monde du sport dans lequel l’échec est notre quotidien. Un échec qui n’en est pas un si on transforme l’expérience en savoir, en histoire qui permet in fine de gagner.

Comment progresser en matière de formation sur le sujet du handicap ?
Il y a beaucoup à faire pour que le handicap fasse partie intégrante de la formation des futurs managers ou responsables RH. Or, les ressources humaines sont ce qui fait l’humanité du salarié, que l’homme n’est pas un outil métier. Mettre de la diversité est passionnant et source de performance économique et sociétale. Or, certaines entreprises restent dans un schéma de clonage des profils, beaucoup plus simple à gérer d’un point de vue managérial. Elles passent de fait à côté de la réalité de notre société, qui est par nature diverse. Par leur envie de faire bouger les choses, les jeunes sont capables d’allier le passé et le futur pour créer le présent et ils peuvent être de formidables vecteurs de changement.

Ryadh Sallem

Ryadh Sallem « Le plus étonnant c’est d’être obligé de passer par la loi et l’obligation pour intégrer la diversité de la société dans l’entreprise. A croire que l’on considère les personnes de la diversité (handicap, genre, ethnique, âge) comme des étrangers qu’il faudrait intégrer, considérer et traiter différemment. »

 

Témoignage
Thibault de Martimprey, étudiant en 3e année à Rouen Business School atteint d’une déficience visuelle, il est le président de la FEDEEH (Fédération étudiante pour une dynamique études et emploi avec un handicap) et est en stage d’audit chez Deloitte. « Après une école spécialisée, j’ai rejoint le secteur ordinaire en 6e. Je travaille sur ordinateur et avec un système de synthèse vocale en cours comme en entreprise. Durant toute ma scolarité j’ai pu faire appel à des centres de traduction en braille pour mes cours et bénéficier des aménagements horaires pour les examens et concours. Lorsque j’ai postulé en prépa, j’avais joint à mon dossier une lettre expliquant mon handicap. J’ai été retenu à Clermont et appris en arrivant qu’ils n’avaient pas lu ma lettre ! J’étais le premier élève déficient visuel qu’ils accueillaient et nous avons trouvé des solutions ensemble tout comme à Rouen. Si c’était à refaire, je ne joindrais pas de lettre, car cela peut créer des craintes. Il est toujours difficile d’expliquer que je peux suivre une scolarité comme les autres, que j’ai des outils de compensation. Lorsque je postule en entreprise, je le dis, car les gens sont sensibilisés et bien souvent il y a une Mission Handicap. Assumer et ne jamais refuser ce que l’on est. La clé est d’anticiper, de s’organiser, de prévenir les gens. Au départ, je parlais peu de mon handicap, d’autant je voyais mieux. Depuis, je me déplace avec une canne blanche et tout le monde est de facto au courant. Je pense qu’il faut assumer, ne pas refuser ce que l’on est. »

A.D-F

Contact : www.capsaa.net