La chaîne Claire’s figure parmi les leaders du bijou et de l’accessoire de mode. Acheté en 2007 par le fonds américain Apollo Management, l’entreprise est présente dans le monde entier. Rencontre avec Béatrice Lafon, (RMS 82) Présidente Europe de la marque.

Béatrice Lafon, (RMS 82) Présidente Europe de Claire’s

Béatrice Lafon, (RMS 82) Présidente Europe de Claire’s

Quelles sont vos missions en tant que Directrice Europe ?
Mon rôle principal est le management des personnes au niveau externe, c’est-à-dire mes consommateurs, mes investisseurs, et au niveau interne, mes employés. Tout se fait grâce et par les autres, donc mon rôle est de communiquer avec mes équipes et de faire les bons choix stratégiques pour satisfaire tout le monde. J’ai 7 000 employés en Europe. Je suis dans une valise du lundi au vendredi. Je me rends au siège européen à Birmingham environ 100 jours par an et au siège mondial à Chicago 10 à 12 semaines par an. C’est un challenge au niveau transport, temps, changement d’horaires et langues. Le reste du temps, j’essaye d’être en magasin. Mon credo est : ce que je dis, je équipes. Ça a toujours été ma façon de travailler. J’ai eu l’avantage d’être formée il y a plus de 30 ans par Marks & Spencer où j’ai commencé ma carrière et le coté « magasin » était déjà très important.

 

La relation humaine vous tient particulièrement à coeur…
C’est ma façon d’être. J’aime les gens, apprendre et découvrir les différentes cultures et leurs façons de travailler. J’apprécie la diversité. Cela m’aide énormément car je n’ai pas d’à priori et j’ai une grande ouverture d’esprit. Je connais bien mes équipes. Quand j’arrive dans un magasin et que je dis : « Bonjour, je suis Béatrice », les gens savent tout de suite qui je suis. Cette relation « one to one » est très importante. Le climat de l’entreprise a beaucoup changé au fil des années. Dans un monde de plus en plus digital, le côté humain est à mon sens très important. Au niveau de la motivation des collaborateurs, c’est très positif. J’organise souvent des workshops où nous proposons de nouvelles façons de travailler pour développer les savoir-faire des équipes. Enfin, nous organisons chaque année une journée de détente qui contribue à l’épanouissement des personnes. L’an dernier, une « Journée en forêt » a été organisée pour nos équipes européennes à une heure d’Heathrow en Angleterre. Nous leur avons proposé des activités physiques en intégrant des personnes de langue différente dans chaque groupe pour leur prouver que le mot ne représente que 30 % de la communication entre les gens. C’est la preuve que nous investissons beaucoup sur leur joie, leur développement et leur besoin d’être ensemble. Nous avons beaucoup de feedback positifs sur cette journée.

 

Quels sont vos axes stratégiques de développement ?
Nous avons ouvert deux marchés l’an dernier : l’Italie et le Luxembourg. Nous nous concentrons sur les 15 pays d’Europe où nous avons encore beaucoup d’opportunités à saisir. L’une des clés de notre stratégie et de notre succès, est que nous lançons en moyenne 150 nouveaux produits toutes les semaines dans chaque magasin.

 

« On ne peut pas faire du business sans
avoir une envergure internationale car tout ce que l’on fait touche forcément quelqu’un dans le monde. »

Vous avez suivi les cours du CESEM au sein du Groupe l’ESC Reims. En quoi cette formation vous a-t-elle été bénéfique ?
J’ai passé deux ans au sein du groupe ESC à Reims et deux ans à l’Université de Middlesex basée au nord de Londres. Ma formation à Reims a été fantastique. J’ai particulièrement apprécié cette ouverture européenne et internationale, mais aussi l’opportunité de découvrir le monde de l’entreprise via les deux stages de six mois, l’un en France et l’autre en Angleterre. Les étudiants étaient de nationalités différentes, c’était un melting pot très enrichissant. En juillet 2013, l’Université de Middlesex m’a d’ailleurs remis un doctorat honorifique pour « service rendu au business depuis 30 ans ». C’est une fierté.

 

Comment envisagez-vous la création de NEOMA ?
C’est très positif. C’est un peu comme dans le business : il faut toujours rechercher les alliances qui vont donner aux étudiants le plus d’opportunités possible. Grâce à cette fusion, le groupe passe d’un niveau international à un niveau mondial. D’autant que les partenariats avec d’autres organismes étudiants dans le monde entier vont se multiplier. Enfin, cela va permettre au groupe d’avoir des niveaux d’investissements plus importants.

 

Quel est le sens de l’engagement de Claire’s avec l’UNICEF ?
J’ai initié ce partenariat il y a 18 mois avec mon équipe. Après avoir organisé un vote, nos 7 000 employés ont choisi de s’investir aux côtés de cette agence des Nations-Unies. Notre focus au niveau de la marque Claire’s c’est l’enfant de 3 à 18 ans. L’engagement auprès de l’Unicef se marie très bien avec les valeurs de l’entreprise. Nous croyons que l’éducation des enfants est une façon très sûre de solutionner les problèmes de pauvreté dans le monde. Nous soutenons un ou deux projets différents chaque année (vaccination, construction d’école…) et nous savons exactement où va l’argent dépensé. Ainsi, les équipes en parlent mieux aux consommateurs. En 18 mois, nous avons pu offrir 900 000€ à l’Unicef.

 

Un message aux jeunes diplômés ?
Leur envergure internationale est très importante, tout comme leur connaissance des langues, leur appréciation de la diversité des cultures et la compréhension du besoin des gens à qui ils s’adressent. La personne qui a vécu et travaillé dans plusieurs pays va toujours sortir gagnante lors d’entretiens d’embauche. Un des changements que j’ai amorcé à mon arrivée, c’est de ne recruter que du personnel qui a une expérience européenne et qui parle au moins une autre langue étrangère. De même, on ne peut pas faire de business en étant isolé car tout ce que l’on fait touche une personne quelque part dans le monde. Il faut vraiment avoir cette conscience humaine très large. De même, je crois profondément que les entreprises ont un rôle à jouer pour aider chacun a trouver sa voie. Ce rôle bienfaiteur est très important selon moi.

 

Être une femme à ce poste, c’est un challenge de plus à relever ?
Ce qui est difficile, c’est de choisir entre la carrière ou la famille. J’ai un garçon de six ans et demi que je ne vois que le week-end. Cela m’oblige à tout planifier longtemps à l’avance. Mais si j’étais moins épanouie professionnellement, je serai sans doute une moins bonne mère. Cette carrière de docteur en business implique de faire des choix, donc chaque jour est un challenge. Ma philosophie de vie est : il n’y a pas de vrai et de faux, il y a ce qui marche et ce qui ne marche pas. C’est comme ça que je conçois le business avec mes équipes. Je les encourage à essayer d’autres choses et à mesurer les résultats pour que la même erreur ne soit pas faite par d’autres équipes. Enfin, la grande majorité des personnes que j’emploie sont des femmes. Cela m’aide beaucoup d’avoir en moi ce côté intuitif et de comprendre la façon dont les magasins respirent et fonctionnent. D’autant que la grande majorité des consommateurs sont des femmes.

 

Chiffres clé Claire’s Europe :
1200
magasins – 15 pays – 7 000 employés

 

F.B.

 

Contact
Nikki Rolph, Vice President, Human Resources, Europe : Nikki.Rolph@claires.co.uk